Vous vous êtes installé à Koh Samui ou Koh Phangan il y a cinq ans, peut-être dix. Vous aviez trouvé un bungalow louable à l’année, une villa partagée entre Français, un petit coin où le loyer ne vous ruinait pas et où le bruit de la route principale restait lointain. Aujourd’hui, le paysage que vous traversiez en scooter a changé de texture. Des panneaux de chantier fleurissent entre les cocotiers. Le prix du mètre carré grimpe là où l’on construisait encore en bambou.
La Thaïlande du Sud n’est plus ce refuge marginale que certains expatriés racontaient à leurs amis restés à Bangkok. Elle est devenue un marché immobilier à part entière, avec ses codes, ses investisseurs, ses prix qui ne pardonnent pas au portefeuille modeste.
Les chiffres d’une accélération
Phattarachai Taweewong, research and communication director chez Colliers, a présenté des données dans une étude publiée par le Bangkok Post le 8 juin 2026.
L’écart entre les deux îles est frappant. Samui concentre 113 projets pour 2 422 unités et 53,2 milliards de baht. Phangan en compte 41 pour 438 unités et 7,94 milliards. Mais c’est Phangan qui affiche la croissance la plus rapide, avec plus de 100 nouvelles unités mises sur le marché chaque année en 2024 et 2025. L’île du Full Moon Party devient celle du promoteur immobilier.
Sur Samui, la répartition des projets révèle une clientèle ciblée : 65 projets de villas de villégiature (749 unités, près de 30 milliards de baht), neuf projets de condominiums (1 214 unités), et 39 projets de logements plus standards (459 unités). Les condos s’affichent entre 60 000 et 80 000 baht le mètre carré, avec des projets de luxe qui dépassent 200 000 baht/m². Le seuil d’entrée pour un petit appartement neuf équivaut désormais à plusieurs années de loyer dans un condo ancien du centre de Bangkok.
85 à 90 % d’étrangers : une demande qui redessine le territoire
Sur Samui, les acheteurs étrangers représentent 85 à 90 % de la demande, les Thaïlandais seulement 10 à 15 %. Phangan pousse le ratio encore plus loin : plus de 90 % d’étrangers, environ 10 % de locaux. Ce n’est plus une île thaïlandaise où vivent des étrangers. C’est un marché étranger implanté sur une île thaïlandaise.
La provenance des acheteurs sur Samui mérite attention. Plus de la moitié de la demande européenne vient d’abord, suivie par la Russie, Israël, la Chine, l’Australie, la République tchèque, et la France. Les Français figurent dans cette liste, mais derrière plusieurs autres nationalités. Pour qui cherchait un coin « à soi », l’information est double : la présence française existe, elle n’est pas dominante, et elle cohabite avec des profils d’acheteurs souvent plus solvables.
À Phangan, la géographie de l’achat suit une logique sociale précise. Sri Thanu et Hin Kong attirent les Européens et les nomades digitaux. Haad Yao, Haad Salad et Mae Haad accueillent les acheteurs plus aisés. L’île qui tenait sa réputation sur une plage commune et un feu de joie mensuel se segmente désormais par revenu et par style de vie.
Des promoteurs du Nord qui descendent sur les côtes
Le marché attire aussi de nouveaux acteurs. Supalai Plc et Ornsirin Holding, basée à Chiang Mai, sont entrées dans la danse. Cette migration des promoteurs du Nord vers le Sud est significative. Elle dit que le modèle économique des îles gagnantes du tourisme résidentiel, Chiang Mai d’abord, Phuket ensuite, se réplique. L’expérience de la vente à l’étranger, des villas clé en main aux services de gestion locative, s’exporte vers des terrains encore moins urbanisés.
Pour le Français déjà installé, la conséquence est tangible. Les loyers suivent les prix de vente à la hausse. Les propriétaires thaïlandais qui louaient à l’année à des prix « farang amical » reçoivent des offres d’achat qu’ils peuvent difficilement refuser. Le renouvellement du bail devient négociation, puis déménagement forcé.
Et si vous cherchiez encore à vous installer ?
L’option « petit budget, belle vie » qui dessinait le projet de certains retraités ou télétravailleurs se rétrécit. Sur Samui, un condo neuf à prix moyen représente un investissement lourd. Sur Phangan, la croissance rapide des projets de villas de villégiature (26 projets, 294 unités, 6,83 milliards de baht) oriente l’offre vers le haut de gamme. L’île du débarquement à 200 baht en ferry depuis Samui construit son marché à l’envers : le luxe d’abord, le milieu de gamme ensuite, si débouché il y a.
Les zones encore épargnées par les panneaux de chantier existent. Elles demandent une connaissance du terrain, des relations locales, une patience que le nouvel arrivant pressé n’a pas toujours. Le réseau informel, le groupe WhatsApp du coin, le moto-taxi qui sait tout, reste plus utile que les annonces en ligne, où les prix affichés intègrent déjà la prime « étranger ».
La question qui demeure
Les chiffres de Colliers dessinent une Thaïlande des îles en transition accélérée. Ce qui était marginale devient marché structuré. Ce qui était abordable devient sélectif. Pour le Français qui y vit ou qui projette d’y vivre, le vrai défi n’est plus de trouver la perle rare. C’est de comprendre à quelle étape du cycle il arrive, et s’il paiera le prix de l’entrée ou celui de la place prise.
Les règles de propriété foncière pour étrangers en Thaïlande (superficie maximale, structures de détention, visas associés) évoluent régulièrement. Vérifiez auprès du consulat de France en Thaïlande et du Bureau de l’immigration avant tout engagement contractuel ou investissement.
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